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Trouver une
formule de développement durable pour Haïti n'est pas une simple tâche. L'équation
requiert des données de taille, certaines en apparence plus importantes que
les autres. Mais l'important est de pouvoir garder sa concentration sur les
faits et la réalité physique du pays. Toute autre analyse en dépend. Telle
est l'impression que j'ai gardée après lecture du nouvel ouvrage, "Investir
dans l'Humain"
Cet ouvrage
publié par le parti politique Fanmi Lavalas , cherche des solutions au problème
du sous-développement en Haïti, dans les entrailles même de la nation.
L'auteur dans un premier temps, fait un bref parcours de l'histoire d'Haïti.
Il essaie de placer le phénomène du sous-développement chez nous dans son
contexte historique, et dans la formation même de la nation juste après son
indépendance. Nous retrouvons par exemple, une analyse du comportement des
grands fermiers Saint-Dominguois, dont le but premier a toujours été de
s'enrichir aussi vite que possible, pour pouvoir retourner en France et jouir
d'une telle fortune. Il est donc juste d'affirmer que ces grands planteurs ne
s'étaient jamais considéré comme des indigènes, des enfants de la terre.
Comment donc pourrait-on s'attendre, à ce qu'ils prennent en considération
l'environnement physique du pays, ses forêts, sa faune? L' épuisement écologique
d'Haïti a en fait débuté, avec la culture inlassable de produits agricoles
tels que le café et la canne-à-sucre. On a ainsi jamais tenu compte, de
l'importance du maintien d'une certaine balance de notre flore.
L'un des
points que j'ai surtout retenu dans cette analyse historique, est la référence
au fait qu'après la proclamation de l'indépendance en 1804, Dessalines
n'avait trouvé à ses côtés que trois civils formés pour l'assister à sa
tâche. Il les a naturellement nommé Ministres et Secrétaire d'Etat. Aussi,
ne pouvait-on trouver dans cette nouvelle république, que vingt médecins et
4 dentistes pour quatre-cent milles nouveaux libres.
Le point de cette
perspective historique
Débuter
l'exposé de cet ouvrage par cette analyse historique peut paraître de la
moindre importance. Mais une analyse plus ou moins rapprochée de ces données
démontre son importance dans l'évolution politique du pays. En effet, débuter
une nation sans compétence, sans cadres est un facteur négatif qui ne
saurait que défavoriser la nouvelle nation. Les Etats-Unis par exemple, ont
fait leur début de nation avec des hommes de la valeur intellectuelle et
morale d'un George Washington, James Madison et tant d'autres. Ces hommes n'étaient
pas en quête d'une liberté physique d'abord, puisqu'ils étaient eux-mêmes
des citoyens blancs, possédeurs d'esclaves. Ce qu'ils voulaient surtout était
de former une nation, indépendante de l'Angleterre. Ils étaient en même
temps munis de l'éducation propice pour la réification de leurs idées. Eux
tous ces libérateurs, avaient fait lecture de John Locke, Jean-Jacques
Rousseau, Montaigne, Goethe et tant d'autres écrivains influents de leur
temps. Il leur donc était plus facile de concevoir entre autres, les valeurs
d'une société civile, basée sur le principe de droit et de devoir mutuel de
tout homme, vis-à-vis d'eux-mêmes et de la société. Ce n'est donc point
par hasard que l'on trouve l'Amérique aujourd'hui, là où elle est.
Haïti par
contre, avait à piocher pour sa survie en tant que nation, constamment menacée
par la menace militaire des Français. En outre, l'insuffisance de cadres
valables et acquis à la nation faisait grand défaut.
Ainsi donc,
lorsque nous étudions les problèmes contemporains de notre société, nous
nous devons de considérer ces déboires historiques. Ceci tout au moins,
aurait dû nous pousser à comprendre la nécessité d'essayer de sauvegarder
à tout prix, les talents d'aujourd'hui qui ont fait choix de rester encore en
Haïti malgé les énormes difficultés que traverse le pays. Il nous est
souvent si facile de dire notre "Alea Jacta est" (Le sort en est jeté),
et tourner dos à cette société si malade. Mais il est fort difficile de se
mettre à lutter, rien que par amour pour une société. Après tout, nous
nous devons toujours nous rapeller qu'Haïti nous a beaucoup offert en termes
de valeurs morale, et même intellectuelle.
Les vraies ressources
haïtiennes
L'importance
de cet ouvrage, est aussi dans son approche du développement. Ce livre
propose, d'abord une investigation de nos possibilités, en vertu de la
couverture géographique du pays. Il est bien évident que des recherches
scientifiques ont été faites, pour découvrir et connaître les richesses
naturelles du pays. C'est ainsi par exemple, que beaucoup d'entre nous ont su
apprendre, qu'Haïti a encore sur sa couverture géographique, de l'or, du
cuivre et de l'argent, surtout dans la partie Nord du pays, du calcaire
marbrier dans la Grande-Anse et aussi dans une certaine région du Nord d'Haïti,
du pouzzolane, de la bauxite, de la lignite, et même de l'hydrocarbure, pour
ne citer que ceux-là. Ces ressources peuvent ne pas être en immense quantité,
mais en quantité suffisante pour pouvoir réellement et finalement orienter
la nation dans la vraie voie du développement. L'estimation de la valeur
marchande de ces produits a aussi été faite.
Ces
informations desquelles nous avions toujours été privés, sont d'une
importance capitale pour quiconque veut s'adonner à un travail sérieux de développement.
Cet ouvrage comporte aussi des études sur notre écologie qui sont d'une
importance considérable. Il contient le taux de fruits de mer, exploité
annuellement par nos pêcheurs, très minime en fait par rapport à la capacité
réelle de nos eaux. "Investir dans l'Humain" nous amène
aussi à découvrir qu'entre temps, l'exploitation de nos réserves sous-marines,
se fait surtout par des pays tels que l'Angleterre, et oui, même le Japon. (Ceci
explique peut-être les toutes dernières déclarations du Japon sur la
situation actuelle du pays. Ils savent en quelque sorte, que cette
exploitation gratuite de nos fruits de mer est à sa fin).
Ce livre,
"Investir
dans l'Humain", s'adonne aussi à l'étude de notre agriculture et de
nos possibilités dans ce domaine. Là aussi on parle du phénomène de déboisement
et de la quantité de terre haïtienne qui glisse annuellement dans la mer, à
cause de ce déboisement. L'encadrement des petites industries et de nos détaillants,
l'industrie touristique, toutes ces questions ont été abordées dans cet
ouvrage, en recourant à des données scientifiquement étudiées. La question
de cadres valables est aussi débattue, et l'importance et l'intégration
de la Diaspora dans le développement économique d'Haïti sont
retenues.
Y a-t-il donc espoir?
La question
malgré tout, reste encore la même. Y a-t-il donc raison d'espérer pour Haïti?
La réponse à une telle question très certainement dépendra de
l'interlocuteur. Tous ceux qui croient dans la possibilité d'un développement
réel d'Haïti peuvent soupirer. Ce groupe en principe, devrait comprendre
ceux qui ont déclaré une lutte avec leurs idéaux, pour un tel développement.
Il devrait aussi inclure les politiciens, les cadres qui sont encore au pays,
ceux qui travaillent pour les organisations pro ou non-gouvernementales, les
employés de l'état. Les actions de ceux-là on en fait, un impact direct et
réel sur l'avenir du pays. Mais ont-ils la patience ou tout au moins, la
volonté de croire en un tel projet?
Il nous
faut reconnaître que le développement matériel d'Haïti requiert de ses
fils et filles, une volonté achevée et un courage unique. Autrement, tous
comme les anciens maîtres de la colonie de Saint-Domingue, nous continuerons
à nous évader, à laisser le pays en petit groupe à chaque fois que
l'occasion se présente. Une crise politique en général, est suffisante pour
constater l'apparition ou réapparition sur terre étrangère, d'Haïtiens
formés et compétents, qui auraient mieux fait de lutter dans leur propre
domaine pour l'amélioration des conditions nationales.
Un autre
fait important est pour la masse de nos politiciens, d'apprendre à utiliser
de pareilles données pour faire leur analyse et leur choix de projet
politique. Il nous faut en effet reconnaître que les chiffres sont neutres.
Elles n'ont de valeurs que celles que nous les inculquons. Ainsi, il n'y a
aucune raison pour l'opposition par exemple, de ne pas faire usage de ces
statistiques et de ces recherhes dans cet ouvrage, pour faire leur propre
analyse et même formuler certains de leurs projets politiques. Ceux qui en
feraient usage, offriraient donc un grand service à la patrie pour laquelle
ils disent vouloir travailler. Si nous avons certaines caractéristiques
destructives en tant que peuple, ce sont d'abord l'impatience (pour le pouvoir),
et ensuite le refus d'accepter du camp opposé, ses mérites quoique minimes
qu'elles puissent être. Ces caractéristiques nous empêchent assez souvent
de faciliter la progression de notre culture politique. En conséquence, nous
sommes toujours obligés de recommencer.
Ainsi,
l'opposition ne cautionnera certainement pas l'analyse finale de Fanmi Lavalas,
faite en vertu de ces données. Mais elle devrait tout de même apprendre à
utiliser ces données et statistiques, pour la poursuite de leur propre
politique.
Une autre
chose à remarquer dans cet ouvrage, est son niveau élevé d'haïtianité.
Les solutions aux problèmes du sous-développement, sont d'abord considérées
dans le contexte haïtien. Nos ressources humaines et matérielles de même
que nos potentiels sont étudiés et exposés.
Cette
analyse de l'ouvrage "Investir dans l'Humain", est loin d'être
exhaustive. Les sujets traités, les solutions proposées et les diverses
considérations faites doivent être considérées par tous ceux qui
souhaitent un avenir meilleur pour Haïti.
Le
potentiel de développement, tel qu'exposé dans cet ouvrage, définitivement
existe. Rien ni personne n'est laissé pour compte: l'élite, la diaspora, les
femmes, les ressources naturelles ont toutes une place de choix dans cet exposé
de même que l'artisan, l'agriculteur, le petit commercant, etc.
Si les idées
énoncées peuvent être méthodiquement exécutées, Haïti ne devrait être
plus en ce nouveau siècle, "le pays le plus pauvre de l'hémisphère
occidental". Ainsi, je vous souhaite sincèrement, une bonne lecture de
ce ouvrage très bien conçu et écrit.
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