On n'est
pas aux Etats-Unis d'Amérique où l'électorat vote en fonction du programme
d'un candidat qui accorde plus d'intérêt à la transformation de sa
condition économique et sociale. Si dans l'Amérique de Bill Clinton l'élection
présidentielle se déroule autour des Grands Dossiers comme la sécurité
sociale, l'assurance médicale pour tous, accès global à l'université,
l'emploi, l'environnement etc...
pour l'Haïti de René Préval, d'une façon presque générale
le politicien n'a pas vraiment de projet de société sérieux, parce qu'il
sait pertinnement que l'Haïtien profond n'a pas les ressources
intellectuelles suffisantes pour peser le pour et le contre de son programme
politique. Résultat: la gestion du pays qu'on devrait confier
aux politiciens les plus habiles se retrouve désespérément entre les
mains de ceux qui n'ont ni la vocation ni la formation adéquate.
C'est ainsi qu'un simple slogan accompagné d'une rhétorique
populiste suffit pour remporter une élection en Haïti. On se
souvient des élections de 1990, le slogan "Makout Pa
ladan-n"
avait permis aux candidats du Front National pour le Changement et la Démocratie
(FNCD) de remporter ces élections à main levée. On espérait tous
que la nouvelle majorité avec cette solide base populaire allait travailler
pour l'implantation de nouvelles structures démocratiques en Haïti,
renforcer et moderniser les fragiles institutions du pays.
Et comme on le sait, le 30 septembre 1991, les militaires ont
donc renversé le pouvoir du président Aristide. Et pour justifier
son acte par la suite, le général Raoul Cédras dira plus tard que le coup
d'état était le résultat de la nomination par le président Aristide d'un
général intérimaire à la tête de l'institution militaire, ce que M. Cédras
qualifiait "d'inconstitutionnel". D'après lui, le président
Aristide préchait la lutte des classes.
Conséquences, Haïti a connu trois années d'embargo
international, l'économie a complètement dégradé donnant ainsi naissance
à une nouvelle classe misérable en Haïti "Les
Cocorats".
En 1994, un slogan a encore remporté les élections "Bô
Tab La". Car dans un pays pauvre comme Haïti tout le
monde veut avoir accès "Bô Tab La". Mais au fil des années
le rêve semblait resté impossible à concrétiser, le peuple voyant que sa
condition économique n'a pas évolué passe à l'offfensive en qualifiant
les membres du gouvernement de "Grands Mangeurs".
Le pays a connu une crise parlementaire de trois ans tout au
long du mandat présidentiel de M. Préval. Fatigué de l'opposition
des parlementaires concernant la ratification d'un nouveau premier ministre,
manifestations violentes dans tout le pays, l'aide internationale bloquée,
s'appuyant finalement sur la loi électorale de 1995 fixant la fin du mandat
des élus du 25 juin au deuxième lundi du mois de janvier 1999, le président
Préval avait prononcé en faveur de la caducité de la 46ème législature,
telle que réclamait et exigée par plusieurs organisations populaires
proches de "Lafanmi Lavalas" de M. Jean-Bertrand Aristide dans les
rues de Port-au-Prince le 11 janvier 1999.
La Communauté Internationale comme toujours, n'ayant aucun
intérêt dans une vraie relance de l'économie nationale, a donc menacé
d'imposer un "Embargo international # 2" sur Haïti. Mais
ironie du sort, cette fois-ci un embargo non pas contre les responsables
d'un coup d'état mais contre un gouvernement constitutionnel.
Bizarre!
Un embargo international pour protester contre ce que la
communauté internationale appelle "Fraude électorale" décelée
dans le résultat publié par le Conseil Electoral Provisoire après les
dernières élections législatives et municipales du 21mai 2000. Une
élection selon toute vraisemblance remportée par le parti Lafanmi lavalas
de M. Aristide.
Toutefois les pays dits amis d'Haïti à l'exception de
l'administration Clinton sont très prudents, ils avancent que face à ces
nouvelles élections présidentielles en perspective pour le 28 mai 2000, et
dont les sondages projettent déjà un éventuel retour de M. Aristide au
pouvoir au lendemain du premier tour, les dérives populistes selon eux représenteront,
comme il a été le cas en 1990, une grande menace pour la stabilité démocratique
et la croissance économique d'Haïti.
Pour le meilleur espèrons, les ennemis d'hier sont forcés
d'être des alliés aujourd'hui, (L'OPL, le KONAKOM, le PANPRA, la Génération
2004, le RDNP, le KID , veulent tout faire pour barrer la route à une
nouvelleère du numéro de Lafanmi lavalas. Le président Préval et
son jumeau Jean-Bertrand Aristide sont d'accord sur un agenda: Retour
d'Aristide pour un autre mandat au Palais national. Mais à quel prix ?
On prendra peut-être 25 ans pour changer ce rituel électoral
haïtien qui demande uniquement "un slogan" pour mener et
remporter une élection en Haïti. On attend tous un jour! le jour quand le
taux d'analphabétisme ne sera plus au-dessus de 80%, l'Haïtien pourra donc
voter non pas en fonction d'un slogan souvent vide, mais suivant une analyse
du programme présenté par les candidats.
Alors à ce moment là seulement le pouvoir sera ainsi entre
les mains des plus capables au grand bénéfice de la nation.
Obed Rémy
Journaliste