Jean-Bertrand Aristide Président
Par Obed Rémy

 

 


 
 

 

 

Considéré comme un prophète par les millions de pauvres des bidonvilles et des campagnes d'Haïti, M Jean-Bertrand Aristide, aujourd'hui 47 ans, a affronté après son renversement par l'armée le 30 septembre 1991 l'épreuve de l'exil aux Etats-Unis, pays qu'il avait considéré, avant les élections présidentielles de 1990 comme "l'impérialisme plus dangereux que le SIDA".

Mais c'est par une intervention de l'armée américaine, autorisée par les Nations-Unies, qu'il a retrouvé la plénitude de son pouvoir.  Le président Bill Clinton, enjoignant à nouveau la junte militaire de partir "maintenant", avait annoncé que M. Aristide avait promis de se retirer à la fin de son mandat, en février 1996.

D'aspect frêle, portant des lunettes, affecté d'une légère calvitie, ce prêtre à la voix douce, peut soudain s'enflammer.  Avec sa flamboyante éloquence créole, il électrise alors les foules qui le considèrent comme l'homme de leur réhabilitation sociale, politique et morale, et le surnomment affectueusement "Titid".

Fils de modestes paysans, il naît le 15 juillet 1953 à Arniquet, près de Port-Salut dans le Sud d'Haïti.  Son père meurt alors qu'il a six mois et sa mère, parente de l'actuel évèque de Jérémie, Willie Romélus, le fait admettre chez les prêtres de l'ordre des Salésiens qui assurent son éducation à Port-au-Prince et au Cap-Haïtien.

Il accomplit son noviciat en République Dominicaine (1975-1976) où il effectue son premier cycle d'études universitaires et passe une licence en psychologie en 1979, il est ensuite envoyé à Rome puis en Israël pour poursuivre, pendant trois, ans des études bibliques.

En juin 1982, il rentre en Haïti et est ordonné prêtre le 3 juillet 1982 à Port-au-Prince par Mgr Romélus.  Il commence à prêcher un message de libération, ce qui lui vaut d'être envoyé par ses supérieurs, sur plainte du chef des tontons macoutes, Roger Lafontant, à l'Institut Pastoral de Montréal où il passe une maîtrise en théologie biblique et entame un doctorat.

Après un voyage d'études en Grèce en 1984, il s'engage dans la lutte contre la dictature à son retour en Haïti.  En janvier 1985 il lance le mouvement "solidarité entre jeunes" à la paroisse de Saint-Jean Bosco à  Port-au-Prince.

Quelques jours avant la chute de Jean-Claude Duvalier, le 7 février 1986, il échappe à une tentative d'assassinat, la première d'une longue série qui culminera le 11 septembre 1988, sous le gouvernement militaire du général Henry Namphy, avec le massacre de Saint-Jean Bosco.  Un commando néo-duvaliériste attaque ses fidèles à coups de révolvers, de piques et de machettes.  Le bilan s'élève à 13 morts et 70 bléssés.

 

Prêchant la théologie de la libération et le renversement militaire, ses démêlés avec la hiérarchie catholique aboutissent en décembre 1988 à son exclusion par Rome de l'ordre des Salésiens pour "incitation à la violence à la haine et exaltation de la lutte des classes".

 

Candidat à la présidence en décembre 1990 au nom du rejet des Tontons macoutes, de la justice sociale et d'un nationalisme progressiste, ouvertement anti-américain, il est plébiscité par les pauvres avec 77,3% des votes.

Un coup de force de Roger Lafontant pour s'emparer du pouvoir et le tuer échoue le 7 janvier 1991 grâce à un soulèvement populaire qui fait 38 morts, la plupart lynchés.  Ce soulèvement aggrave son contentieux avec le Vatican, ses partisans brûlant la nonciature apostolique à Port-au-Prince, humiliant le Nonce et blessant grièvement son adjoint.

Jean-Bertrand Aristide prête serment le 7 février 1991 et entreprend avec l'aval de FMI un programme d'assainissement de la fonction publique.  Sous sa présidence, l'insécurité décroit sensiblement.  La communauté internationale lui promet une aide considérable.  Mais son penchant pour la démocratie directe et surtout son apologie du supplice du "collier ou Pè lébrun" (des pneus enflammés autour du coup des victimes) comme arme politique, effraient et dégradent ses rapports avec les possédants, la classe politique, le parlement et l'armée dont il avait célébré "le mariage merveilleux" avec le peuple.

 

Quarante-huit heures après un discours particulièrement véhément où il brandit ouvertement la menace du supplice du "collier", l'armée, dirigée par le général Raoul Cédras qu'il avait nommé commandant par intérim en juillet 1990, le renverse le 30 septembre 1991 et le contraint à l'exil au terme d'un Coup d'Etat.

 

A Washington DC, disposant des fonds de l'Etat haïtien gelés par les Etats-Unis, il utilise habilement les conseils d'avocats lobbyistes et l'appui des libéraux et du "Black Caucus", le groupe des élus noirs du Congrès américain, pour influer sur la politique de la Maison Blanche.

Et le samedi 15 octobre 1994, Jean-Bertrand Aristide à bord de l'avion du secrétaire d'Eat américain, Warren Christopher arrive à l'aéroport international de Port-au-Prince.  Il fut ensuite emmené à bord d'un hélicoptère de l'armée américaine au Palais national.

Le président Aristide, classé parfois aux Etats-Unis comme un socialiste à risques, est rentré en Haïti le 15 octobre 1994 avec un programme de réformes économiques ultra-libérales, concocté à Washington.

 

Existe-il une différence entre l'Aristide populiste de 1990 et l'Aristide d'aujourd'hui?

 

Après les élections présidentielles de 1996, M. René G. Préval  ancien premier ministre du président Aristide est élu chef de l'Etat haïtien.  Conscient du leadership de Gérard-Pierre Charles au sein de l'Organisation Politique Lavalas (OPL), M. Aristide se retire de l'Organisation Politique Lavalas " et lance son propre mouvement politique "Fanmi Lavalas".  Dans un temps record "Fanmi Lavalas" récrute pas mal de sympathisants à travers tout le pays, et le parti  par la voie de coopérative et des petits projets de financement assiste également  ses membres sur tout le territoire d'Haïti.

Et cette fois-ci, Contraiment aux élections de 1990 où le feu Antoine Isméry et d'autres personnalités avaient largement financé la campagne électorale du FNCD et l'élection de M. Jean-Bertrand Aristide au pouvoir, 10 ans après, le  parti politique de M. Aristide paraît-il disposait des structures et les  moyens financiers adéquats pour la planificaton des élections (Parlement, Maires, CASEC et les présidentielles) de 2000.

 

Mais, existe t-il vraiment une différence entre l'Aristide populiste de 1990 et l'Aristide d'aujourd'hui? Assisterons nous à de nouvelles confrontations entre la nouvelle administration d'Aristide et les possédants en Haïti?  Verrons nous le pays une nouvelle fois plonger  sous le coup de manifestations violentes des organisations populaires?  Est-ce que Pè lebrun sera une nouvelle fois utilisé comme arme politique?  A t-on le droit d'espérer à une véritable relance de l'économie nationale et de justice sociale pour tous?

  Dans cette nouvelle saga politique où les partis de l'opposition ont refusé de participer aux élections présidentielles, arguant que le résultat de l'élection présidentielle ne sera en aucune manière  différente des dernières élections où Fanmi Lavalas avait remporté la quasi totalité des sièges au (Parlement, Maire CASEC) , rien n'est définitivement joué dans la crise politique en Haïti.

Toutefois avec le contrôle de l'appareil de l'Etat par le parti "Fanmi Lavalas", le président Jean-Bertrand Aristide peut au moins renverser ce climat de diabolisation sytématique de la vie politique haïtienne par le dialogue, renforcer tout au long de son mandat les institutions démocratiques en rejetant la démocratie directe au profit de la démocratie institutionnelle, définir une vraie politique de sécurité en Haïti en réorganisant l'institution chargée d'assurer la paix en Haïti,  la sécurité des frontières et des eaux territoriales haïtiennes.

 

Obed Rémy

Journaliste

Haitimp@primanet.com

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