"Investir dans l'Humain" versus "Investir dans l'Armée"
Par Bainet Vital

 

 


 
 

 

 

Marquée par la contrebande, le trafic de la drogue et l’espionnage, les miltaires sanguinaires qui terrorisent le peuple, les complots et les putchs, la dernière décennie du siècle précédent restera dans notre histoire comme celle d’un épouvantable gâchis. Le moment est donc venu pour les dirigeants politiques haitiens de chercher à aplanir leurs divergences dans l’intérêt du pays, car le peuple n’entend pas entamer le troisième millénaire dans les mêmes conditions. Il veut avant tout rompre avec les pratiques honnies du passé pour  s’ouvrir à de nouveaux horizons. En choisissant son président le 26 novenbre 2001 il a ainsi posé la première pierre de la reconstruction d’un pays totalement ravagé par les catastrophes politiques. Désormais, c’est à Jean-Bertrand Aristide qu’il revient d’apporter à ce pays le cadre de paix et de stabilité qui lui fait défaut.

Aristide s’est fixé une priorité « Investir dans l’humain ». Dans son message à la nation, il  a exprimé haut et fort ses objectifs ainsi que les moyens à mettre en oeuvre pour les atteindre. Le Président opte pour une politique qui vise d’abord la personne humaine. Il croit que l’homme haitien et la femme haitienne disposent d’un formidable potentiel de raison, de grandeur, de courage, de bonté, de génie et d’intelligence. Toujours selon le President Aristide, « Investir dans l’humain » ouvre la voie à une croissance économique qui implique : réduction de la pauvreté, création d’emplois, intégration sociale, évanouissement des inégalités et paix sociale.

D’aure part, le Président a fait savoir que pour que fleurisse la démocratie, on a besoin de tous les haitiens qu’ils soient Lavalassien ou membres de l’Opposition. L’Opposition repousse avec fracas cet appel au dialogue nécessaire pour le déblocage politique et économique du pays tout en traitant le Président d’Haiti de démagogue.

Les partis réunis au sein de la Convergence Démocratique ont donc choisi de doter le pays d’une présidence bicéphale en installant au mépris de la loi et des normes constitutionnelles leur propre président ,en l’occurrence Me. Gérard Gourgue. Ce dernier qui déclare être le président de tous les haitiens dans ce qu’il appelle le message à la nation delivré en presence des leaders de la Convergence et de quelques sympathisants réunis au local de l’Organisation du Peuple en Lutte propose un programme de gouvernement axé sur la reconstitution de l’Armée d’Haiti comme alternatif au dessein politique du Président légitime.

A un moment ou la nécessite se fait sentir de relancer l’économie nationale,de créer un climat de paix et de sécurité où tous les secteurs de la société pourront participer, l’idée de reconstituer l’armée trahit le désespoir d’un groupe d’opposants farouches qui ne sait plus que faire pour tenir tête à son rival.

Haiti est l’un des pays les plus pauvres du contient américain à avoir alloué approximativement 40% de son budget national à ses militaires, soit 45 millions de dollars par an. Toute cette somme n’a servi qu’à la formation d’une bande de lâches et de bandits. Quand la sécurité nationale est menacée par une intervention étrangère ils sont toujours les premiers à prendre la poudre d’escampette, mais quand il s’agit de terroriser le peuple ils sont des champions.

45 millions de dollars, actuellement, peuvent servir le gouvernement à la création de nouvelles infrastructures ou à l’éducation et l’enseignement, et pourquoi pas à une meilleure formation de nos policiers dans le but de mieux garantir la sécurité des vies et des biens…, alors pourquoi devons-nous choisir de les investir dans l’armée ?

Pour ceux-la qui ont la mémoire courte, je leur rappelle que le 15 septembre 1994, le Président américain Bill Clinton, quelques instants avant l’envoi de ses troupes en Haiti, s’en prenait ouvertement et solennellement aux militaires haitiens en ces termes : 

«les dictateurs d’Haiti, conduits par le général Cédras, controlent le plus violent régime de notre hémisphere. Pendant 3 ans, ils ont rejeté toute solution pacifique que la communauté internationale avait proposée (…) Cédras et son armée de voyous ont installé un regime de terreur, qui exécute des enfants, violant des femmes, tuant des prêtres (…). La terreur, l’instabilité et le désespoir ne prendront fin qu’avec leur départ (…). Le message des Etats-Unis est clair : votre temps est fini. Partez maintenant ou nous vous ferront quitter de force le pouvoir. 

Voilà donc le genre d’institution que Manigat, k-plim, et leur Président Gourgue, eux-mêmes des anciens victimes de l’armée, entendent réimposer au peuple haitien sous prétexte de l’aider à sortir de l’impasse. La Convergence Démocratique, ou mieux, la Convergence Démagogique n’est qu’un microbe nuisible à la santé politique et socio-économique d’Haiti. S’érigeant en espace de conspiration, la Convergence se condamne à s’enfoncer dans la politique négative : demande de sanctions contre le pays, déstabilisation, complot contre la sureté de l’Etat.

L’actuel secrétaire d’Etat américain Collin Powell qui avait en 1994 contribué à ramener Aristide au pouvoir a donné une évaluation positive de l’accord en 8 points avancé par le Président élu. Il voit en cet accord « un bon point de départ » vers de meilleures relations amicales entre les Etat-Unis et Haiti. Il a précisé ne reconnaître aucun autre gouvernement, qu’il soit qualifié de parallel ou d’alternatif.

 « Lapè nan tèt, lapè nan vant » ou le retour au régime « krazé zo » ! ! ! !  à vous de choisir.

 Bainet Vital, Juriste, Journaliste

12 février 2001

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